Le 14 août dernier, un adolescent de 14 ans s'est emparé du fusil de chasse familial et a tué son père d'un coup de chevrotine... Le mobile de ce meurtre : le père menaçait de brûler la console de jeux car il trouvait que son fils passait trop de temps à jouer.
Le père exaspéré par le bruit des jeux vidéo a confisqué la console, a menacé de la brûler et pour joindre le geste à la parole, il a allumé un feu dans le jardin... Le fils s'est alors saisi du fusil et a abattu son père d'une balle dans le dos.
Alors on pourrait penser qu'il s'agit encore d'une sordide histoire "made in USA" et pourtant le drame s'est déroulé en France, à Beauvoir en Royans (Isère). On pourrait se dire qu'il s'agit d'un attardé mental. Et non, Eric, le tueur, est un bon élève sans histoire, il a même une année d'avance sur ses camarades. Il est juste passionné comme vous et moi par les jeux vidéo.
Alors on s'attend à ce que des pseudos experts nous ressortent sur un plateau l'influence négative des jeux violents comme Gran Theft Auto ou Postal. Encore une fois tout faux ! Son jeu fétiche, c'est Pro Evolution Soccer 5, le jeu que nous connaissons tous - seul jeu console à véritablement s'imposer dans la communauté e-sport.
Et finalement on apprend que le jeune a tout simplement "pété un câble" pour reprendre ses termes. Il vit dans une ferme où le père, artisan au chômage, exerce une autorité tyrannique sur le foyer. Pour clore le tableau sa mère est dépressive et il doit faire de nombreuses corvées avant de penser à s'amuser... Dans le genre vie pathétique, on ne fait pas mieux.
Seul exutoire pour Eric : se défouler sur Pro Evolution Soccer 5 où il se prend à imiter les stars de l'OM, le club qu'il supporte.
Dans une situation qui devenait psychologiquement insupportable pour le jeune homme, le fait de vouloir brûler la console c'est tout simplement la goutte d'eau qui a fait déborder le vase...
Selon l'avocat du jeune homme "Le père avait un demi-siècle de différence avec son fils et il faisait vivre sa famille un demi-siècle en arrière". Jacques Bourgeat, le maire de la commune enfonce le clou : "Eric jouait avec les autres enfants uniquement quand le père s'absentait". Selon lui, la famille vivait cloîtrée et ne participait jamais à la vie du village. Bref le père était tellement peu apprécié par son entourage que beaucoup se lamentent plus sur le sort du jeune homme que sur la mort du père.
Bien sûr on ne peut cautionner un tel acte. Fondamentalement ça reste inexcusable et le pauvre jeune homme devra vivre avec cela pour le restant de ses jours. Cependant ce triste fait divers apporte un élément nouveau : c'est la première fois que le jeu vidéo n'est pas pointé du doigt comme principal suspect mais tout simplement le malaise social qui l'entoure.
Systématiquement dans les affaires similaires, on nous ressortait la violence dans les jeux vidéo, le sang à outrance et on appelait le psychiatre de permanence pour avoir son avis éclairé sur la situation.
Et là dans cette affaire, on constate que notre société a légèrement évolué dans son interprétation des faits. Les journalistes ont pris la peine d'enquêter et ils ont retranscris le contexte telle qu'il l'est réellement sans accabler les jeux vidéo et sans faire passer le jeune pour un attardé mental complètement accro aux jeux vidéo.
La situation aurait peut-être été différente si l'on avait retrouvé un FPS à la place d'un jeu de foot mais toujours est-il qu'il s'agit d'un simple "pétage de plomb" et non pas d'une déviance mentale.
Malheureusement il faut un drame pour que notre société se rende compte que les jeux vidéo ne sont pas les seuls à incriminer et que derrière chaque histoire de ce style, il y a souvent d'autres facteurs qui déclenchent une impulsion de meurtre.